Les technologies intelligentes

On n’envisage souvent, par rapport aux nouvelles technologies, que leur aspect ludique ou commercial, en oblitérant souvent le rôle de plus en plus important qu’elles occupent dans le milieu de l’éducation. Les environnements numériques d’apprentissage (ENA) constituaient cependant le plat de résistance d’une série de courtes conférences présentées aujourd’hui à ECTO, un espace coopératif pour travailleurs autonomes logés dans l’ancienne Phonothèque de Montréal.

L’événement, organisé par GTN-Québec (le Groupe québécois de travail sur les normes et standards TI pour l’apprentissage, l’éducation et la formation), regroupait principalement des intervenants du milieu de l’éducation (commissions scolaires, cégeps et universités), ainsi que certains intervenants provenant des entreprises, voire même des travailleurs autonomes (dont moi, clairement minoritaire).

Tout ce beau monde se rassemblait donc afin de réfléchir collectivement sur l’intégration des TIC en milieu éducatif, tant dans le réseau scolaire qu’en milieu de travail (ce qu’on nomme e-learning). Une occasion unique de réfléchir sur les avancées, les défis et les problématiques de l’intégration des technologies en contexte d’apprentissage.

Difficile de résumer l’ensemble des discussions, dont le fil Twitter peut être retracé : #ena2010 (un des 5 fils les plus dynamiques au Canada à un certain moment de l’événement…). Au-delà des particularités de l’implantation dans différents milieux, auprès de différents clientèles et grâce à diverses technologies, l’expérience des professeurs ayant intégré les interfaces numériques à leur pratique d’enseignement s’est avérée des plus intéressantes.

Notons ainsi la contribution particulièrement significative de l’historien Jean Benoit qui, dans le cadre d’une charge de cours à l’Université Bishop, a déployé plusieurs plateformes et les a surtout intégrées de façon très efficace à sa matière. Plus qu’un trip de geek, un constat tout en fond : peu importe les technologies utilisées, l’important est que leur utilisation repose, d’abord et avant tout, sur un design pédagogique réfléchi et efficace.

Ainsi, si plusieurs professeurs rechignent à utiliser les ENA ou encore les utilisent de façon très minimale (souvent comme dépôt de fichiers), il appert que le frein ne relève pas uniquement d’une barrière technologique. L’exemple de l’historien Benoit montre plutôt que, pour être utilisées vraiment efficacement, les technologies, même éclatées, doivent d’abord et avant tout reposer sur une réflexion pédagogique en profondeur, la pédagogie étant nécessairement affectée par les dynamiques créées par les interfaces utilisées et les interactions qu’elles suscitent.

Une question se pose donc, qui sans doute deviendra un enjeu de plus en plus important à mesure que les technologies numériques deviennent des composantes incontournables, non plus seulement de nos vies personnelles et professionnelles, mais également des salles de classe. Plus que de simples outil s à intégrer, les ENA appellent à repenser les modes de transmission et d’échange de connaissances, l’interaction entre le professeur et ses étudiants. Si cette interaction est elle-même affectée par des contingences telles la taille des classes et le nombre d’étudiants,qui en limite parfois la portée, il reste que la salle de classe ne pourra faire longtemps encore l’économie de modes de communication devenant dominant non seulement en dehors du système d’éducation, mais également en entreprise.

Une chose est certaine cependant : il est à la fois réjouissant et rassurant de voir le sérieux et le dynamisme avec lesquels les professionnels présents à ces conférences s’appliquent à développer une utilisation raisonnée et efficace de technologies dont on ne retient trop souvent que le côté frivole ou délétère. Les technologies intelligentes existent et sont supportées par des gens dont l’esprit critique annonce, dans un futur pas si éloigné, une petite révolution dans la passation des connaissances, non pas en évacuant le rapport personnel, mais plutôt en élargissant les possibilités d’interaction entre les différents intervenants du processus d’apprentissage.

 

Marc

 

* Ce texte a également été publié sur mon blogue « nouvelles technologies » de la revue Le Panoptique.

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